Virtuel
Une nouvelle d'Anticipation par David Sicé.
Pour adultes et adolescents.
Ici bientôt la version .pdf
LONDRES, 07/04 - Sony, le fabricant de la PlayStation, a déposé un brevet pour une technologie permettant de transmettre directement des informations sensorielles au cerveau.
Cette technologie, qui fait l`objet d`un brevet américain, pourrait être un jour utilisée pour la création de jeux vidéo dans lesquelles il serait possible de sentir ou de goûter,
mais aussi pour aider les sourds et les aveugles.
Ce brevet développe une technique permettant d`envoyer des pulsations ultrasoniques à des zones spécifiques du cerveau pour induire des "expériences sensorielles", comme les odeurs,
les sons et les images.
"Aucune chirurgie invasive n`est nécessaire pour aider une personne, un aveugle par exemple, à voir et /ou à retenir des images ou entendre des sons", est-il spécifié dans le brevet.
Selon le magazine New Scientist, le premier à évoquer ce brevet, la technique de Sony pourrait représenter un progrès
dans les méthodes non chirurgicales comme la stimulation magnétique transcrânienne."
Agence Reuter, 7 avril 2005.
L'oiseau volait à travers la gorge terre de sienne brûlée.
Il plongea vers les flots émeraude, effleurant l'écume des rapides, pour remonter toujours plus haut vers l'azur rayonnant.
Et lui laissait la vitesse le griser, le col de l'animal à bras le corps, les yeux dévorant sans ciller l'immensité du panorama qui surgissait de derrière la barre rocheuse. La forêt éclata de lumière, abreuvée aux trois soleils.
La chaleur inondait son jeune corps musculeux. Le souffle du vent fort chassait les gouttelettes encore fraîches tout le long de sa peau sans défaut... Alors qu'il perçut son appel.
La mesa jaillit hors de la forêt tropicale. Ryan posa son oiseau au sommet. Elle l'y attendait.
« Ryan ... »
Le garçon étreignit la jeune fille. Sa poitrine menue et ferme contre son torse fin et nu. Un tourbillon d'air chaud les entourait. Leurs univers se rencontraient.
« Chez moi, murmura-t-elle. »
Ryan hocha la tête.
1
Les baies vitrées de son appartement se refermaient sur eux, tels les pétales d'une délicate fleur de Lotus redimensionnée. La vue donnait cette fois sur le cœur de sur une forêt vierge, vibrante et musicale, tandis le parquet tiède sous leurs pieds nus exhalait doucement Santal et Œil de Tigre.
Elle avait apprit à aimer les forêts tropicales depuis leur première rencontre.
Il la poussa, riant, en direction des cascades de la salle d'eau. Le froid cruel d'un carrelage en losanges noir et blanc mordit la plante de leurs pieds. Il la renversa. Ils roulèrent à terre, légers et bondissants. Ce froid qui leur fouettait le sang...
« Non ! » souffla Lydia.
Il s'arrêta. Elle le toucha. Le bout de ses doigts délicats, puis sa paume si pâle pressa le sein gauche du garçon pour remonter doucement sur son épaule. Il se mit à rire. Elle prit l'expression d'une petite fille triste, mais continua à le caresser, plus lentement, du bout des doigts.
« Tu sais, reprit-elle, j'aimerai vraiment de toucher...
— Mais tu me touches. »
Il l'embrassa à pleine bouche. Il se retira.
« Je voulais dire, insista-t-elle, physiquement . Ça doit être différent – tellement. Je voudrai savoir...
— Ça ne ferait aucune différence. »
Il recommença.
« Tu ne comprends pas ! s'exclama la jeune fille. »
Ryan soupira. Sourit. Se releva, la releva, la souleva.
« Mais si ! »
Le garçon la reposa.
« Je ne l'ai jamais fait, dit encore Lydia. La réalité, je sais qu'elle est moins belle, mais je voudrais au moins savoir une fois... ce qui est vrai. »
C'était au tour de Ryan d'insister :
« Mais c'est vrai. Pourquoi cela ne te suffirait pas ? »
Lydia s'agitait :
« Je voudrais savoir si le monde est si laid que tout le monde le dit, si tu existes, depuis combien de temps, si tu t'appelle vraiment Ryan, si tu es un homme, une femme ou autre chose !
— Quelle importance ? »
Une onde de préoccupation balaya les traits fins du jeune homme : une ride sur le front ; un pli sur le nez ; une moue des lèvres ; une fossette au menton. Ryan haussa les épaules, et son visage redevint lisse et lumineux.
« Qu' y a t-il, Lydia ? »
2
Une larme scintillante roula sur la joue de la jeune fille.
« Moïse a disparu, avoua-t-elle. Hikari aussi. Et Pablo. Ils disparaissent tous ! »
Elle étouffa un sanglot. Il la serra à nouveau dans ses bras.
« Pourquoi pleures-tu ?, disait-il tout bas. C'est sans doute un nouveau jeu. Parfois, ils sont des dizaines de millions à y participer. Rien d'étonnant alors que tes amis s'y mettent... Tu en as parlé au gouvernement ? A la police ?
— Ils ne feront rien, ils ne font jamais rien, ils ne pensent jamais qu'à leurs prochaines aventures ! »
Le jeune homme sourit.
« Tu sais, fit-il avec un petit air supérieur, Sherlock Holmes lui-même m'a dit un jour que j'étais le meilleur détective de la planète. »
Lydia hoqueta. Elle essayait de rire.
« Tu vois, fit son compagnon, ça va déjà mieux. »
La jeune fille acquiesça. Il se dégagea.
« D'abord, déclara-t-il, rappelle-moi la liste des disparus. »
Un écran géant ultra plat se coagula au milieu de la pièce. En bleu sur gris pâle, les noms.
« Cherchons une corrélation, continuait Ryan. Mets-les dans l'ordre où tu les as perdus. »
La concentration plissa la racine de son nez. Puis son visage s'éclaira à nouveau.
« Trouvé ! C'est trop simple : leurs adresses physiques se suivent : ils habitent tous le même quartier. Tu vois, c'est bien un nouveau jeu... »
Lydia se retourna, alarmée :
« Ryan ! Toi aussi, tu habites là-bas !
— Lydia, répondit le garçon sur un ton de reproche, tu sais bien que je n'irais nulle part sans te prévenir...
— Mais si tu disparaissais quand même à ton tour, se lamentait la jeune fille, qu'est-ce que je... »
Sa voix s'était coupée net. Sa bouche faisait un petit « o ».
Le garçon n'était plus là.
3
Le sarcophage ouvert, le Survivant arrache les câbles, et d'extirpe le corps de son emballage compliqué. Quelle chance ! Celui-là est jeune, et robuste. Il râle et couine, et s'agrippe, mais comme tous les autres, il tremble trop pour offrir la moindre résistance.
Leste, le Survivant tranche, à l'aide de son silex, il ouvre du bas jusqu'en haut, et vide, comme ses aînés lui ont appris à faire... Il doit faire vite, avant que d'autres descendent le dépouiller de la carcasse et des meilleurs morceaux.
FIN
Achevé en Février 1994, révisé le 15 juin 2008.
Edité pour la première fois dans Continuum 1.
Tous droits réservés David Sicé.
Illustration réalisée avec les logiciels Cinema 4D 8.5 et Poser 5.