Le pays où c'était tous les jours Noël
Une nouvelle d'Anticipation par David Sicé.
Pour tout public.
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Un jour, le Président décida que le monde était trop laid et tous les habitants de son pays était trop tristes pour que cela continue.
Cependant, il s'était dit : « Il y a un jour dans l'année, où tout est tellement plus joli, et tous les gens sont tellement plus gentils, et solidaires, et généreux, et remplis d'espoir. »
Et il sauta de joie (très haut, et c'était possible, parce qu'il était tout petit et que le plafond n'était pas trop bas) : « Euros, cash ! J'ai trouvé ! »
Il suffisait de décréter que désormais, ce serait tous les jours Noël.
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Le calendrier fut facile à réimprimer. Plus besoin de se casser la tête pour trouver la date des fêtes ou savoir quel jour férié serait travaillé ou pas : ce serait tous les jours Noël, et on travaillerait tous les jours.
« Mais que faites-vous du 14 juillet ? » s'indigna un général de l'Armée.
« Aucun problème ! répondit le Président : nous organiserons un défilé militaire à chaque Noël, et cela tombe bien, puisque nous sommes en très bon termes avec les petits chanteurs à la Croix des bois. »
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Bien sûr, il y avait maintes et maintes choses à changer dans le pays, à commencer par les rues, qui devaient toujours être brillamment éclairées (sauf celles, bien sûr, où les gens riches n'allaient jamais), le statut d'intermittents des pères Noël qui devenait permanent, et la difficulté de recruter des elfes, sans oublier la surcharge du coût que cela entraînerait pour les entreprises : déjà le syndicat des patrons menaçaient de se mettre en grève (c'est-à-dire de ne plus prêter de l'argent au gouvernement, qui en manquait toujours cruellement).
Alors, le Président expliqua, très patiemment, aux patrons, que Noël tous les jours serait un outil idéal pour relancer la consommation, qu'ils n'auraient rien à payer car les Elfes seraient des jeunes stagiaires (sans salaire), recrutés d'office chez les jeunes dans toutes les collèges et lycées de France, et chez ceux qui n'étaient plus à l'école mais au chômage ou au revenu minimum.
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Quant aux pères et aux mères Noël, c'étaient aux retraités de s'y coller. En plus, cela leur donnerait une occasion de sortir un peu et de rendre service à la Société (et surtout aux sociétés).
« Comment tu as dit que tu t'appelais déjà, mon petit ? »
« Maman, il sent bizarre le père Noël... »
« C'est une maman Noël, mon chéri. Et tais-toi, ce n'est pas poli de dire ce genre de choses. »
« Maman, tu es sûre qu'on lui a changé sa couche à la maman Noël ? »
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Et comme le Président était l'ami des patrons, ceux-ci finirent par accepter, à la condition qu'ils puissent ouvrir tous les dimanches, et faire des promotions qui ne concernaient pas Noël et les soldes le jour de Noël.
Le plus difficile fut de faire admettre aux télévisions qu'il fallait arrêter de montrer des horreurs le jour de Noël.
« Mais c'est tous les jours Noël ! » s'exclama le directeur d'une des plus grandes chaînes de télévision du pays – très inquiet de perdre des téléspectateurs s'il ne montrait pas au moins cent cinquante fois par jour un meurtre, de la torture ou une quelconque forme de malheur.
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Certaines autorités religieuses, dont l'avis comptait beaucoup malgré le fait que le pays était censé être une république laïque, se réjouirent dans un premier temps que la naissance d'une de leurs figures historiques fut ainsi perpétuellement célébrée. Puis elles s'indignèrent (avec leurs rivales) qu'une fête païenne assortie de l'idolâtrie d'un seul saint, passe devant tous les autres cultes. Mais comme ces gens tombaient très rarement d'accord entre eux, on passa très vite au sujet suivant de préoccupation.
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Les cadeaux tous les jours ? A la condition que les enfants en fassent aussi, car sinon, c'est de la discrimination entre les générations.
Et il y aurait une amende pour toute personne qui contreviendrait à cette tradition qui avait su apporter tant de bonheur à tous depuis toutes ces années.
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Manger de la dinde tous les jours ?
Il fut décidé que l'appellation de « Dinde » s'appliquerait désormais à tout type de viande ou de poisson, tandis que l'appellation « Marrons » pourrait s'appliquer à toutes les sortes de fruits ou de légumes.
Les producteurs de brocolis furent éternellement reconnaissant au Président, car sans lui, ils n'auraient jamais songés à vendre des brocolis confis dans du sucre pour la Noël.
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Et puis un jour, on arrêta de se dire « Salut ! », « Bonjour », « Bonsoir » ou « Au revoir » - pour seulement dire, avec un grand sourire : « Joyeux Noël ! »
FIN
Achevé le mardi 11 septembre 2007.
Tous droits réservés David Sicé.
Illustration réalisée avec les logiciels Cinema 4D 8.5 et Poser 5.