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Dans ses rêves

Une nouvelle Fantastique par David Sicé.

Pour adultes et adolescents.

 

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Qui sait ce qui rôde au plus profond du cœur des hommes.

L'Ombre le sait…

 

 

Nathaniel Thorn enfonça son visage dans le traversin, et recroquevilla son mètre quatre vingt dix dans le lit trop court. Les ressorts grincèrent. Mais il entendait encore la Voix, à travers le mur de sa chambre. C'était inévitable : à chaque fois qu'il rentrait, quelqu'un écoutait la radio à côté.

Au début, ça l'amusait. Ça l'intéressait même, lui qui n'avait jamais eu les moyens de se payer la T.S.F. C'était toujours l'heure des émissions de détectives, ou d'angoisse : L'horloge , la Porte qui craque , et le Voyageur mystérieux , pour ne citer que ceux dont il se rappelait à cet instant.

Nathaniel sortit son nez du traversin et soupira, puis se retourna, et essaya de rabattre une partie du long coussin sur son oreille exposée, tout en le calant du bras. Oui, au début cela l'avait intéressé. Cela l'avait même passionné. Puis quand il avait réalisé au neuvième meurtre qu'il n'allait pas dormir de la nuit, il avait essayé de ne plus écouter.

En fait il avait tout essayé : compter les moutons, faire des pompes, déplacer son lit, secouer l'homme. Il avait acheté des bouchons pour les oreilles, de la tisane. Il n'avait pas acheté les pilules, parce qu'il avait peur de ne pas se réveiller assez tôt et d'être mis à la porte pour être arrivé en retard.

Il n'avait pas non plus essayé de boire un peu d'alcool pour s'assommer. Mais rien n'y faisait. Au mieux, c'était une espèce de brouillard lourd qui s'abattait sur lui, peuplé de rêves confus, où la Voix finissait toujours par revenir.

La Voix. Dans ses rêves, elle prenait tour à tour l'apparence de l'Homme Invisible, de Dracula ou de l'Homme Chauve-souris. Parfois, c'était un espion masqué. Parfois c'était Fu-Man-Chu en personne, derrière le masque. Mais c'était toujours la Voix, celle qui se cachait de l'autre côté du mur. Celle qui sortait du poste de radio. Celle qui le gardait éveillé toute la nuit durant.

 

***

 

Le lendemain, Nathaniel avait essayé d'en parler à Claire. Claire était une brunette plutôt mignonne et gentille, qui faisait le service au Dîner où il cuisinait et faisait la plonge. Le patron l'avait prévenu : interdit de plaisanter, interdit de toucher.

En fait, Nathaniel pensait qu'il avait des vues sur elle. Ou peut-être qu'il s'était déjà passé quelque chose. Ou qu'il se passait quelque chose en ce moment même – mais il préférait ne pas y penser. Nathaniel était un garçon simple. Il avait toujours détesté s'embarrasser la tête avec les mauvaises pensées.

Le fils du patron du drugstore d'à côté s'était moqué de lui quand il lui avait raconté son point de vue à ce sujet. « Tu n'as aucune imagination, voilà tout. Et ça te jouera des tours : Tu vois ce qui est écrit là ? Il est écrit que l'on utilise à peine dix pour cent de notre cerveau. Et si l'on n'utilise même pas ces dix pour cent, hé bien on devient vite un sous-homme. »

Nathaniel était devenu un peu rouge, mais il n'avait pas voulu se mettre en colère. Il détestait se mettre en colère. Et puis se mettre mal avec les voisins, ce n'était jamais une bonne chose.

Et puis, Nathaniel était peut-être sans imagination, et peut-être même stupide, mais il avait bien compris que Zach était seulement vexé que ses revues pleines de fusées et de martiens, et de robots qui enlevaient des filles nues, ne le passionnent pas autant que lui. Il y avait bien les filles nues, et rien que pour ça, Nathaniel aurait bien emprunté une ou deux de ces revues à Zach.

Mais ce que Nathaniel n'aurait jamais osé lui avouer, c'est qu'il savait à peine lire. Et là, il en était certain, Zach l'aurait vraiment pris pour un demeuré.

« Claire ? », appela discrètement le jeune plongeur cuisinier depuis le comptoir. Il avait attendu l'heure habituelle à laquelle leur patron allait discuter politique avec le coiffeur de l'autre côté de la rue.

Bien sûr, de là où il se tenait, il pouvait parfaitement surveiller l'activité de ses employés, mais aussi bien Claire que Nathaniel étaient à présent rompus à l'art d'avoir l'air de travailler sans pour autant se casser les reins.

« Oui, Nate ? » répondit Claire tout sourire, son calepin à la main, faisant mine de récapituler une commande prise auprès d'un client qui ne lui avait commandé qu'un café, une minute plus tôt.

« Est-ce que tu écoutes parfois la radio, le soir, avant de t'endormir ? » demanda Nathaniel, en s'efforçant de paraître absorbé par le passage d'un chiffon humide sur le comptoir – qui brillait déjà de tous ses feux.

« Toujours ! » affirma Claire, les yeux brillants.

Elle venait de jeter un coup d'œil en direction de la rue, et avait constaté que le patron leur tournait complètement le dos. Cependant Nathaniel lui fit le signe de faire attention, car elle avait dû oublier qu'il y avait des miroirs partout, chez Monsieur Samuel Wolfert.

C'était en effet là-bas que le patron l'envoyait faire rafraîchir sa coupe une fois toutes les deux semaines – à ses frais, ce qui était étonnant. Et c'était toujours Wolfert qui s'occupait de lui. La coupe était impeccable, le temps n'avait plus tellement d'importance, et Nathaniel aimait l'odeur du parfum coûteux qu'on lui vaporisait dessus. Même la gomina était offerte.

Il avait alors l'impression – très fugace – de redevenir le petit prince de Noël de ce jour lointain, où les femmes de la bonne société l'avaient costumé en ange et s'étaient occupées de lui toute la journée et jusqu'au soir, à s'extasier sur ses cheveux blonds et sa beauté enfantine mais déjà parfaitement masculine.

« Un vrai petit homme… », avait glissé une de ces dames à une autre après la séance d'habillage. Nathaniel s'était alors redressé, et s'était senti très fier – mais cela n'avait duré que le temps d'un spectacle. Personne ne le complimentait jamais à la maison.

« Hier, demanda Nathaniel, tu as écouté Le Carnaval de la Mort ? »

« Le Carnaval de la Mort ?, répéta la serveuse en faisant à son tour mine d'essuyer la table la plus proche. « Mais c'est un vieil épisode de l'Ombre. Même un très vieil épisode de l'Ombre. Je m'en souviens encore parce que le lendemain, mon grand frère n'a pas arrêté de me charrier avec cette histoire. Mais c'était il y au moins six ans ! »

« Je ne sais pas, répondit Nathaniel, vexé. Je me suis peut-être trompé de titre… »

« Le voilà qui revient, avertit la jeune femme : Je ne devrais pas te le dire, mais tu as une mine pas possible depuis plusieurs jours. Si j'étais toi, j'écouterai moins la radio et je dormirai plus ! »

Nathaniel protesta : « Ce n'est pas moi qui écoute la radio : c'est mon voisin. Il la laisse allumée toute la nuit. Je ne peux pas m'empêcher d'écouter. Même quand j'essaie de ne pas écouter. Ça m'empêche de dormir ! »

Le patron venait de rentrer dans le Dîner :

« Qu'est-ce qui se passe ici ? » demanda-t-il d'une voix bourrue. « Qu'est qui t'empêche de dormir, petit ? »

Les deux jeunes gens s'étaient empressés de revenir à leur poste et de s'agiter, Nathaniel un peu plus fébrilement que Claire. Le patron passa de l'autre côté du comptoir.

« Tes mains tremblent, remarqua-t-il. Et t'es plus blanc que ma chemise. Laisse tomber le nettoyage et suis moi. »

Le jeune homme soupira, persuadé qu'il allait avoir droit à un nouveau sermon. Pourtant, toute sa vie, il avait toujours fait tout ce qu'on lui demandait de faire, du mieux qu'il pouvait. Il ne causait jamais d'ennuis, il essayait d'être poli avec tout le monde, et cela finissait toujours comme ça : les gens lui faisaient des reproches. Ils lui criaient dessus. Son patron précédent l'avait même frappé, sans aucune raison.

Dans ce cas-là, Nathaniel était parti, mais dans tous les autres, il tenait bon, parce qu'il savait que faire ou dire quoi que soit d'autre ne faisait qu'aggraver les choses.

Nathaniel se souviendrait toujours de la colère qu'avait piqué son père quand il avait appris que son fils s'était battu – et qu'il avait même flanqué une raclée mémorable à l'un de ses camarades d'école, beaucoup plus riche que lui, qui l'avait traité de débile, et avait insulté son père.

La suite, Nathaniel en faisait encore des cauchemars, quand il dormait encore. Il avait après quoi reçu l'ordre de se laisser frapper, et Nathaniel était persuadé que la consigne avait été passée à son ennemi, car, à peine remis de ses ecchymoses, celui-ci était revenu l'attaquer. Mais il n'avait pas eu le temps de vraiment l'amocher. Le concierge était intervenu presque aussitôt, prévenu par un camarade, et les choses s'en étaient miraculeusement arrêtées là. 

Nathaniel avait alors été forcé d'admettre que son père avait raison. La violence ne faisait qu'aggraver les choses. Il fallait laisser faire, jusqu'à ce que les choses deviennent intenables pour de vrai. Et alors, tout ce qu'il restait à faire, c'était de partir.

Ils s'étaient retrouvé dans la ruelle d'à côté, là où on sortait les poubelles.

« Fiston, qu'est-ce qui t'arrive ? » demanda alors son patron.

Nathaniel lui répéta toute l'histoire. « Pourquoi tu n'es pas allé lui sonner les cloches, à ton imbécile de voisin ?, reprocha le patron avec sévérité. Tu n'as pourtant pas l'air d'une mauviette, et cela ne se fait pas de tenir les gens éveillés toute la nuit comme ça. Fais ton dur. Dis-lui que tu vas lui péter sa radio s'il l'allume encore une fois à des heures criminelles ! »

« Mais, Monsieur Ernie, protesta faiblement Nathaniel, je ne veux pas d'ennuis avec mes voisins. »

Il était au bord des larmes, cela ne lui était plus arrivé depuis que sa mère était morte. Le patron soupira, et donner une petite tape sur l'épaule du grand jeune homme.

« Allez. Rentre chez toi et vas te coucher. »

Nathaniel sentit ses genoux mollir.

« Vous… vous me mettez à la porte, Monsieur Ernie ? » souffla-t-il.

Le gros homme s'empourpra :

« Mais non, pauvre imbécile. Je te dis de prendre ta journée. Repose-toi un peu pendant que ce type n'assourdit pas le quartier avec sa maudite T.S.F. »

Il le poussa à l'intérieur du dîner, et le houspilla pour qu'il enlève plus vite son tablier et récupère son manteau. De la salle, Claire jetait des coups d'œil très inquiets.

« Mais comment vous allez faire, Monsieur Ernie ? »

« Je ne suis pas comme toi, fiston : je saurai me débrouiller. C'est moi qui cuisinait et qui faisait la plonge ici avant toi ! »

« Mais votre blessure ? »

« Elle va bien, ma blessure ! Elle pète le feu ma blessure ! »

Et comme le patron croisait le regard terrifié de Claire, il cria :

« Non, je n'ai pas viré le petit. Je l'envoie même aller faire un petit somme pendant que les honnêtes gens eux vont suer sang et eau pour faire tourner la baraque. Allez houste ! »

Et tandis que Nathaniel sortait précipitamment, rouge de honte, son patron lui cria depuis le pas de la porte du Diner : « Et je veux que tu ailles frapper à la porte du macaque pour régler ton problème, sinon c'est moi qui m'en charge. »

Alors que le gros homme rentrait, Claire lui demanda, très étonnée : « Vous allez régler vous-même le problème de Nate si il ne le fait pas ? »

« Oui, répondit le patron, dont le teint reprenait peu à peu une couleur normale : je le mettrai à la porte. Je paie mes employés pour travailler, pas pour dormir. »

 

***

 

Nathaniel était rentré chez lui à pieds. Sans les pourboires de la journée, il n'avait pas de quoi prendre le tram. Sa tête était toute chaude et son cœur donnait des grands coups dans sa poitrine, et il se sentait comme une vieille toile étendue sur une corde à linge, prête à s'envoler au premier coup de vent. Il n'avait plus qu'une seule envie, se coucher et dormir. Avec soulagement, il constata que la radio du voisin ne marchait pas.

Sans même enlever ses chaussures, il se jeta sur le lit, et se recroquevilla en chien de fusil. Il avait très chaud, et ses paupières lui faisaient mal. Il remua un peu, grogna, puis le rouge sang fourmillant céda à la pénombre bienheureuse.

C'est alors que la Voix résonna dans sa tête.

Nathaniel se leva d'un bond. Il faisait nuit, mais il ne devait pas encore être très tard, car les voitures vrombissaient encore dans les rues voisines.

« Je ne suis pas une mauviette, Nathaniel se répétait en respirant un bon coup. Il poussa la porte de sa chambre pour passer dans le couloir désert. Le jeune homme se caressait nerveusement les joues, inquiet qu'il était de se présenter hirsute devant quelqu'un qu'il ne connaissait même pas, et en plus pour faire des réclamations.

« Il va me prendre pour un fou furieux, et ça va mal tourner. »

Devant la porte du voisin, Nathaniel hésita longuement.

Il entendait très distinctement les échanges entre les héros du feuilleton se tendre, et la musique de l'orchestre y aller de ses accents angoissants : le second meurtre n'allait plus tarder à être découvert.

Nathaniel fit la grimace, et frappa discrètement à la porte. Il attendit ensuite une réponse, en essayant de sourire le plus aimablement et le plus honnêtement possible.

Mais la réponse ne vint pas.

Le visage de Nathaniel s'empourpra et le grand jeune homme se surprit à tambouriner à coup de poings sur la porte en criant : « Je sais que vous êtes là-dedans ! Vous allez la boucler votre maudite radio ! Je veux seulement dormir moi, seulement dormir ! Ouvrez-moi où j'enfonce votre p… »

« Hé ! » appella dans son dos : « Ça suffit maintenant ! »

C'était le concierge du meublé. L'homme était petit et plutôt vieux, mais il était large d'épaule, et avait un regard méchant. « Qu'est-ce qui vous prend de taper à la porte des gens comme ça ? Vous êtes malade ou quoi ? C'est une maison honnête ici, on ne veut pas de grabuge. Vous vous rendez compte du grabuge que vous faites ? Il y a des gens qui veulent dormir ici ! »

Les yeux de Nathaniel papillotaient. Le couloir semblait danser autour de lui.

« Mais, Monsieur Mason, bredouilla le jeune homme : comment est-ce que les gens pourraient dormir avec cette radio qui joue si fort, et avec tous ces cris et cette musique qu'elle fait entendre ? »

Le concierge regarda Nathaniel en fronçant des sourcils. Il tendit l'oreille en direction de la porte sur laquelle le garçon avait tambouriné.

« Je n'entends aucune radio, » déclara-t-il.

Et pourtant… Le second meurtre venait d'avoir lieu. Il s'agissait d'un banquier, et il avait été abattu. La détonation venait d'éclater et elle résonnait encore dans la pauvre tête de Nathaniel, et l'héroïne du moment découvrait le corps, et elle hurlait.

Nathaniel voulut alors se jeter sur le concierge et le soulever, et le secouer, et s'en servir comme bélier pour enfoncer la porte en lui criant : « Vous êtes complètement sourd ou quoi ? »

Mais il se contenta de baisser piteusement la tête, ses grandes épaules affaissées :

« Je suis désolé, Monsieur Mason, dit Nathaniel. J'ai dû faire un mauvais rêve. Il faut me pardonner, je ne le referai plus, je vous le promets. »

Etonnamment, le concierge parut s'attendrir :

« C'est bien parce que c'est la première fois. Mais attention, je vais vous avoir à l'œil maintenant, vous et vos fréquentations. Encore un seul incident, et je vous jette à la rue. »

Et le concierge tourna des talons.

« Mes fréquentations… », répéta Nathaniel. Il n'invitait jamais personne. Il ne parlait jamais avec les voisins. Il ne recevait aucune lettre. Il venait à peine d'arriver en ville. « Quelles fréquentations ? »

Puis, misérable, il retourna à sa chambre, tandis que dans son dos, la Voix continuait son enquête épouvantable, toute prête de découvrir le troisième cadavre. Il y en avait toujours au moins trois.

Il referma la porte derrière lui, et alla s'asseoir sur le bord du lit. Du mur habituel filtrait les commentaires enjoués du détective, et soudain… Le regard de Nathaniel tomba sur une clé, posée sur la table de nuit.

La clé portait le numéro de la chambre du voisin.

La chambre de la Voix.

Nathaniel prit la clé, et se releva. Etait-ce un rêve ? Une mauvaise plaisanterie ? Avait-il reçu cette clé en plus de la sienne à la réception tout à l'heure, et il l'aurait empochée puis déposée là sans se rendre compte, écrasé qu'il était par la fatigue.

« Et tout ce que nous avons besoin de savoir pour résoudre cette énigme se trouve derrière la porte de cette chambre de motel… »

« Mais comment allons-nous entrer si nous n'avons pas la clé ? »

« Mais nous avons la clé. »

Le couloir était toujours désert. La clé tournait dans la serrure. L'orchestre se lançait dans un glissando à vous donner la chair de poule.

« J'ai peur ! »

« Il ne faut pas avoir peur. Restez derrière-moi. Je vais entrer le premier. »

Nathaniel poussa la porte, chercha le commutateur et le trouva sans difficulté. La lumière tamisée par un abat-jour vert inonda la pièce.

Il n'y avait pas de radio visible. Seulement un grand miroir sur pieds, et des vêtements sombres étendus sur le lit, dans un ordre parfait. Nathaniel effleura du bout des doigts le costume de soirée de grand prix, la chemise… il y avait de quoi vêtir un homme de la tête au pied, linge de corps inclus.

« Mais il n'y a rien du tout ici ! »

« Attendez. Peut-être que ce que nous cherchons dans le placard. »

Nathaniel se retourna lentement vers le placard qui occupait le mur en face du lit, et alla pour l'ouvrir. Il y avait encore des vêtements, qui sentaient tous le neuf. Une boite à chaussures qui contenait un révolver, fraîchement huilé. Et un coffret en bois de pin tout simple, qui contenait un masque blanc.

« Je suis persuadé que la réponse que nous cherchons est dans ce masque. Mais comment procéder ? Comment l'utiliser ? »

« Et s'il suffisait de le mettre ? Peut-être que la réponse se présentera d'elle-même à nos yeux ? Peut-être que nous découvrirons en fin l'identité de celui que nous recherchons ? »

Nathaniel se retourna vers le miroir sur pieds et s'en approcha. Très lentement, il éleva le masque jusqu'à son visage – fatigué, mais toujours aussi franc, et clair. Il esquissa un pauvre sourire à l'attention de son propre reflet.

« Mon pauvre Nate, nous savons bien que tu n'as jamais été bien vif… » lui répétait sa mère. Son regard gris se brouilla tandis que le blanc recouvrait tout et la matière étrange se collait à sa peau et la pénétrait.

Devant le miroir, se tenait un homme au visage complètement recouvert d'un masque blafard.

« Mais il n'y a rien du tout sur ce masque ! »

« Oui, nous tenons l'identité du coupable ! C'est Personne ! »

« Personne ? »

Nathaniel répéta, d'une voix détimbrée : « Je suis Personne. »

Lentement, le masque blanc se colorait et changeait subtilement de forme. Des muscles et des rides se dessinaient, des paupières diaphanes battaient, et les narines se dilataient légèrement.

« Oui, fit tranquillement la Voix dans ses oreilles. A présent tu es Personne, et tu feras exactement ce que je t'ordonnerai de faire. »

 

Le crime n'a aucune chance : L'Ombre veille.

 

FIN

Achevé le mercredi 12 septembre 2007.

 

Tous droits réservés David Sicé.

 

Illustration tirée de Modern Mechanics, 1948.